Le creuset

Posté le Vendredi 29 janvier 2010

Il est temps que je vous en dise un peu plus sur moi. Que je débroussaille tout ça.

Cela fait trois ans maintenant que je travaille dans la même entreprise. Pour simplifier les choses, nous dirons qu’il s’agit d’une très grande société, employant plus de 70000 personnes.

Des raisons personnelles et privées m’ont poussée inexorablement à me « planquer » dans ce métier, à me mettre dans une petite interstice le long de la falaise pour éviter les tourments. Pour ne plus avoir à me battre autant, pour ne plus avoir à prouver quoique ce soit à qui que ce soit en dehors de moi-même. Pour gagner de quoi me payer un endroit où dormir, de quoi manger, de quoi vivre heureuse même si c’est avec peu. Pour pouvoir fermer les portes dès la fin de mon travail, une fois rentrée chez moi. Pour ne plus avoir d’angoisse existentielle et de dossiers inachevés dans ma tête le weekend. Le moment venu, je reviendrais sur ces raisons qui m’ont poussée à rechercher à être « tranquille » avant tout. Je voulais qu’on me foute la paix. Je voulais ce job qui s’est présenté à moi comme une évidence après des années d’errance, des années d’extrapolations, d’investigations, de découvertes de tout ce que je j’aimerais faire mais ne pouvais pas toujours faire.

 Une ville au bord de la mer, des emmerdes, une relation qui se noyait et me voilà au volant de ma voiture, déboussolée mais résolue à tenter le tout pour le tout pour m’en sortir. Objectif: ce putain de bonheur que tout le monde veut.

Il était temps de faire le point: qu’est-ce que j’aimais -faire- le plus au monde?

 Et me voilà en train de raisonner comme s’il s’agissait de ma dernière, ultime chance d’alors pour tout recommencer, pour ne plus souffrir.

J’aime… J’aime… passionnément voyager, oui, c’est ça, les voyages avant tout qui sont comme ma drogue, entendre, parler et apprendre d’autres langues, me sentir utile pour les autres sur le terrain, être autonome dans ce que je fais, les énergies positives, le ciel, les échanges, rendre les gens heureux avec moi, la logique et l’action, être tranquille quand je veux.

Je n’aime pas… Je n’aime plus l’homme avec qui je suis (ou plutôt l’ado post-pubère), ma vie qui tourne en rond et se mord la queue, me justifier, culpabiliser, être enfermée dans un bureau, la routine angoissante, ne pas avoir d’objectif ni d’avenir, passer des examens, être tributaire de quelqu’un.

 Toujours au volant de ma voiture -décidemment, cette voiture devient un lieu de méditation-, les idées plus claires, apparaît soudain sur ma gauche LA réponse. Ce que je cherche. La dernière tentative qui doit être la bonne.

Comme un mirage qui se profile à l’horizon et qui semble sortir de nulle part, éclatant au soleil du Sud, me procurant aussitôt un sentiment de certitude évidente, je vois: l’aéroport. L’aéroport! Comment n’y avais-je pas songé plus tôt?

Evidemment, l’envie d’être hôtesse de l’air m’avait traversé l’esprit étant plus jeune, oui comme job d’étudiante, comme toute jeune fille qui passe toutes les idées en revue de ce qu’elle pourrait tenter dans la vie… mais devenir une « boniche du ciel » ne m’avait pas convaincue. N’y voyez rien de péjoratif! C’est juste ce qu’,hélas, tend à devenir ce beau métier qui est tellement déprécié par une clientèle et des compagnies de plus en plus exigeants et irrespectueux envers ces hommes et femmes endurants qui nous faisaient tant rêver.

Avec plus de clairvoyance, j’ai alors compris. C’est ce lieu mythique de l’aéroport qui m’apparaissait soudain comme un espoir. Comme le lieu de tous les possibles. Comme un creuset géant où je pouvais mettre à la fois tous mes désirs les plus fous et mes rêves liés aux voyages.

L’aéroport…

Et ainsi a commencé une nouvelle vie. Encore une.

teasingbrunette @ 1:14
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Qu’est-ce que tu aimes chez moi?

Posté le Mardi 5 janvier 2010

Il y a pire que de s’entendre dire: « je ne t’aime plus ». L’autre soir, en revenant du cinéma, une idée étrange m’est survenue. En conduisant ma petite Micra, les talons de mes bottes bien calés pour jouer de l’accélérateur, je me suis subitement entendue demander à mon fiancé: « mais au fait… qu’est-ce que tu aimes chez moi? »

  »Qu’est-ce que tu aimes chez moi? ». Allez-y, faites le test. Si vous êtes assez téméraires et si vous n’avez pas peur de remettre votre couple et des années d’insouciance en question, en quelques secondes. Quelques secondes de trop, oui. Quelques secondes interminables où vous attendrez la réponse. Une seconde, puis une autre, une autre et encore une.. Il est déjà trop tard. Là, l’homme qui était censé vous répondre quelquechose de poétique ou d’érotique ou d’amoureux fou transi, ou tout ça à la fois, avec cet air assuré qui aurait pu vous faire vibrer, le regard brûlant tourné vers vous et des images de vous plein la tête, cet homme reste muet. Puis, pire: hésitant. Puis vague. Paniqué par votre question, il ne sait plus que répondre et là, c’est trop tard. Il vous sort des banalités et des platitudes pires qu’un mauvais élève rechignant devant sa copie de rédaction.

« … euh, j’aime ton sourire, j’aime tes yeux, euh je ne sais pas moi, j’aime ta peau? ». Et là vous traversent toutes les réponses que vous auriez pu rêver d’entendre, toutes ces réponses qui vous en auraient appris plus sur vous même, qui vous aurez fait comprendre à quelque point on peut vous aimer, à quel point cet homme-là vous aime.

Je vous passe le reste, le pathétique d’une situation où il est devenu muet de peur de mal répondre, puis aggressif ne sachant que dire et enfin -ô éclair de génie pour survivre- s’est décidé à me renvoyer la même question, ne faisant hélas qu’empirer les choses: « ben et toi, qu’est-ce que tu aimes chez moi?! ».

J’ai alors pris une profonde inspiration et répondu: « Moi? J’aime ta façon de faire de la magie à partir de rien, au moment où je n’y croyais plus. »

Il y a pire que de s’entendre dire « je ne t’aime plus ».

C’est de comprendre que la magie n’en était pas.

teasingbrunette @ 0:02
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La tâche

Posté le Samedi 2 janvier 2010

Réambobinons. Quatre ans auparavant. Me voilà moi, dans ce local aménagé en appartement à Marseille, en train de donner un coup de pied phénoménal dans ce petit meuble en bois à roulettes. Quelquechose m’avait rendue incontrôlable.

Scène 1: mon ex d’alors (nous l’appelerons mon ex, j’aime ces deux lettres classant automatiquement dans ce qui n’est plus) prenant sa douche et en second-plan: son téléphone portable laissé près du matelas à même le sol qui lui sert de lit à l’étage.

Scène 2: sonnerie bobo style Julien Doré. Je laisse sonner. C’est déjà trop tard. La dynamite est amorcée.

Scène 3: mon ex toujours dans sa douche n’a rien entendu. Ce même garçon qui trois mois auparavant m’avait trompée pour la énième fois et était revenu avec sa tête de Saint-Bernard, après avoir dévalisé des fleuristes entiers des jours durant, me suppliant de le reprendre… Et j’avais pardonné, encore et toujours, étonnée de moi-même, attérée qu’une Carmen au tempérament de feu puisse devenir aussi miséricordieuse qu’une Mère Thérésa, jusqu’à ne plus se reconnaître dans le miroir.

 Scène 4: réflexe Pavlovien, dû à d’innombrales tromperies de ce traitre, depuis cinq années chaotiques mais passionnelles vécues ensemble à la Elisabeth Taylor-Richard Burton: dans un automatisme demi-conscient, un état intuitif d’avant drame je dirais, le bruit de mon coeur au ralenti battant sourdement dans mes oreilles, je prends son téléphone, anéantissant du même coup la petite voix de ma conscience essayant de se débattre, et je compose le numéro de sa messagerie.

 Bruit de fond: la douche et mon ex en train de chanter un air de jazz-funk idiot que lui seul connaît.

Voix off suave: « salut mon kiki, plus de nouvelles de toi? Tu ne viens pas me retrouver à Montpellier? Je suppose que tu t’es rabibochée avec elle alors? (ironique) Rappelle-moi, je t’attends… »

Accéléré sur la scène 5, que nous appellerons scène du meuble en bois. Lui est sorti de la douche, elle est pâle comme le lait, pas encore verdâtre de jalousie, mais vidée de sa substance. Lui a les lunettes cassées, de travers sur le nez, lui donnant un petit air comique comme les personnages dessinés en BD par Gotlieb. Un mug de thé est brisé en mille morceaux par terre. D’un bond, elle amorce alors un shoot spectaculaire digne de Thierry Henry dans ce meuble au sol. Un éclair de lucidité lui dit que c’est là qu’il faut taper. De toutes ses forces.

 Ce petit meuble à roulettes porte toutes les bouteilles d’huile des sauces à salades qu’Il aime se faire. Ce sol est fait des pierres de taille les plus belles de la région, d’un gris clair pur et jamais souillé.

Il ne récupèrera jamais la caution de son appartement, a-t-elle le temps de se dire avant que ne s’entame une course poursuite, lui après elle, lui après sa liberté à elle, la suppliant à travers le dédale des rues de Marseille, et les passants hébétés, elle les yeux brouillés de larmes, le coeur écrasé de haine et de colère pour tant d’années perdues et sachant pertinemment au fond d’elle qu’elle ne reviendrait plus jamais…

 

teasingbrunette @ 12:14
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Jasmine day 1

Posté le Vendredi 1 janvier 2010

L’odeur du jasmin.

C’est ce qui m’a ramenée à la vie. L’odeur du jasmin dans ma rue, à Paris. Le pavé gris, les commerçants que je connaissais, les façades un peu sales… mais tout cet air qui embaumait et semblait s’amuser à contrecarrer la pollution. Petit à petit, mes yeux se sont ouverts, mon coeur s’est réjoui, ma tête s’est apaisée.

C’est ce jour-là que j’ai compris que c’était maintenant ou jamais: il fallait que je me réveille.

teasingbrunette @ 19:55
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